La réalité sur la récidive sexuelle
La dramatique histoire d’Agnès, a relancé le débat de la récidive en France. Le cas de cette adolescente violée puis assassinée par un repris de justice présumé à Chambon-sur-Lignon dans l’Indre-et-Loire est-il un fait récurent ? Qu’en est-il réellement du pourcentage de récidivistes en France, que beaucoup de politiques ou professionnels ont repris ces dernières semaines ? C’est en tous cas ce que l’on est en droit de se demander au vue des faits divers des ces dernière années.
En prenant en compte les cas de récidives avérées de ces années passées, le constat reste, si ce n’est alarmant, triste. Cet été, une fillette de 5 ans a été enlevé à Toulouse. L’auteur de ce rapt ? Un multi récidiviste, condamné à deux reprises avant son arrestation à la suite de l’enlèvement : il avait déjà été mis en examen en 1996 pour « enlèvement, séquestration et viol sur mineur de moins de 15 ans en récidive légale ». Il avait ensuite était placé en détention provisoire avec obligation
de suivi psychologique et psychiatrique. En 2009 il était encore jugé pour agression sexuelle sur un mineur de moins de15 ans, et condamné à 2 ans de prison ferme. Libéré à l’été 2011, il n’avait, selon les enquêteurs, pas tardé à retrouver ses habitudes en séquestrant et violant cette petite fille.
En janvier 2011, cette fois c’est Laetitia Perrais, une jeune fille de 18 ans habitant Pornic en Loire-Atlantique, qui a subi les folies d’un récidiviste, déclaré comme tel par la police, Tony Meilhon. Le 9 mars 2001, celui-ci était condamné par la cour d'assises des mineurs de Loire-Atlantique à cinq ans de prison dont un an avec sursis et mise à l'épreuve pendant trois ans pour « viol, agression sexuelle et violence avec arme ».
Fait quasi similaire, en 2000, Manuel Da Cruz, un homme de 47, ans avait d’abord violé Morgane Vallée, une jeune fille de 13 ans et, c’est seulement en 2011 qu’il a été condamné à la prison à perpétuité après le meurtre de Christine Hodeau, une joggeuse disparu en septembre 2009. Avant l’enlèvement, le viol et le meurtre de cette assistante maternelle sportive, le violeur avait purgé une peine de onze ans de réclusion criminelle prononcée en 2002. Libéré une première fois en 2006, il avait été réincarcéré cinq mois plus tard, puis libéré définitivement en 2007.
On se souvient également d’Anne-Lorraine Schmitt, tuée de 34 coups de couteau à la suite d’une tentative de viol dans le rer D en 2007. Son agresseur, Thierry Devé, alors condamné pour la tentative de viol et le meurtre de cette jeune femme avait déjà commis des agressions, notamment en 1995 en violant une autre jeune fille. Il y a encore nombres d’affaires de ce genre, faisant cas de récidivistes qui, malgré une première condamnation et les risques encourus, n’hésitent pas à réitérer leurs crimes.
Pourcentage de récidive : un chiffre concret ?
Il est important de bien comprendre dans quelle mesure un délinquant est considéré comme récidiviste, notent les spécialistes. Au point de vue de la loi, est considéré comme tel celui qui recommence après une condamnation légale. Cette « condamnation légale » peut paraître secondaire, mais, elle fausse considérablement les études qui visent à calculer le taux de récidive en France.
Depuis plusieurs semaines, ce taux a été repris par différents médias. Pour Martine Lebrun, présidente de l’association nationale des juges d’application des peines, le pourcentage de récidives concernant les délinquants sexuels de 1,6%, est un phénomène « surestimé » a-t-on pu lire dans le Monde.
Ce pourcentage auquel Mme Lebrun, entre autre, fait référence, est obsolète puisque mentionné dans l’édition 2007 de la publication du Ministère de la justice, et indiquant le taux de récidive légale en…2005. Le dernier chiffre constaté l’est dans l’édition 2009 des « chiffres clefs de la justice » et est largement supérieur, puisque de 2,7% pour l’année 2007.
Cette édition 2009 nous apprend que, non seulement ce chiffre est périmé, mais, le pourcentage lui-même ne signifie pas grand-chose puisqu’il ne prend pas en compte tous les crimes sexuels. Première surprise : les crimes antérieurs à 1984 ne sont pas considérés dans le calcul, alors que l’impact sur le total est plus important que l’on pourrait l’imaginer. Deuxième surprise : la majorité des viols ne sont pas compris dans ces 2,7%, puisque ce taux renvoi aux auteurs de « crimes sexuels » donc de viols jugés par la cour d’assise. Or la grande majorité des viols sont fréquemment requalifiés en agression sexuelle et jugés par un tribunal correctionnel. Enfin, de nombreuses violences sexuelles graves ne sont pas non plus incluses dans le pourcentage de récidive. C’est d’abord le cas des récidives de viols mais, aussi, des actes graves d’attouchements, qui peuvent tout autant traumatiser les victimes, notamment mineurs (c’est le cas notamment des attouchements commis par des pédophiles).
Il est bien évident que ce chiffre de la récidive sexuelle de 2 ,7% ne prend pas en compte toutes ces victimes qui n’ont jamais trouvé le courage ou l’envie de porter plainte.
Lauryne Linsola

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