jeudi 20 octobre 2011

Un arrêté anti-humain-dicité



20/10


74% des Marseillais se disent contre l’arrêté anti-mendicité mis en application lundi 10 octobre et visant à éradiquer  toute forme d’aumône dans le centre-ville, d’après le site de la mairie de Marseille. A l’inverse, certain pensent que cet arrêté est nécessaire.

Des manifestants devant la mairie de Marseille ©hebdonews
Nice, Montpellier, Paris, Lourdes, Nogent sur marne ou encore Madeleine, ces villes ont toutes en commun d’avoir mis en place un nouvel arrêté qui s’inscrit dans le cadre d’une vaste offensive contre la « délinquance roumaine », décrété le 12 septembre par le ministre de l’intérieur. Depuis mars 2003, pourtant, via la loi sur la sécurité intérieure, la mendicité est redevenue un délit si elle est faite de "manière agressive" ou bien sous la "menace d'un animal". Alors, pourquoi prendre de telles mesures ?
Si à Madeleine, il s’agit seulement d’une interdiction de fouiller dans les poubelles, à Marseille, le maire, Jean-Claude Gaudin, est allé jusqu’à interdire  de se livrer à « toutes formes de sollicitation ou appel à la quête de nature à entraver la libre circulation des personnes ». Impossible donc désormais, pour ces sans abris, de faire appel à l’humanité présente dans chacun de nous, et qui parfois, sauve la vie de certains d’entre eux.
Responsable de l’association « Mission Sans Abris » à Marseille, cet ancien sdf, scandalisé par cet arrêté, met en garde contre un possible problème de santé publique résultant du déplacement des sans-abris du centre en périphérie. Il ne s’agit guère, d’après lui, de résoudre le problème de mendiants trop insistants, mais bien, de « nettoyer le centre-ville ». Les comportements condamnés par cet arrêté ne seraient qu’une justification pour faire « reculer la pauvreté en périphérie ».

Réel problème, fausse solution, enjeu économique ou touristique, les débats et les objections fusent face à cet arrêté qui scandalise la plupart des français, mais qui en ravi d’autres. Les restaurants le« Collins » et « Le Carnaud », sur le vieux port de Marseille, entrent dans le périmètre visé par l’arrêté anti-mendicité, qui s’étend sur la quasi-totalité du centre-ville de Marseille (Cannebière, Vieux Port, Saint-Charles, stade Vélodrome). Accoudé à son bar, le patron du « Collins » nous explique ô combien cet arrêté est « indispensable». Il serait victime, tout comme son voisin « Le Carnaud », de ces mendiants un peu trop insistants, et aurait même perdu beaucoup de clients à cause d’eux. « Il y en a énormément » affirme-t-il, « ils viennent demander de l’argent aux clients attablés et leur piquent leur téléphone ou un portefeuille. Ou alors ils s’assoient à une table et par derrière mettent les mains dans les sacs des voisins pour les voler ». Un petit enfant, qui s’accroche à la jambe du patron en rajoute : « et aussi, il y a des noirs qui viennent et qui vendent des montres », « non », lui explique le patron du bar « ça, ce sont des vendeurs à la sauvette » ; fort heureusement pour l’enfant, le patron sait encore faire la différence entre vendeurs et mendiants, mais, peut être finalement pas entre mendiants et pique pockets…

                                  Lauryne Linsola

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